Adrien Morenas
Député de Vaucluse - 3ème Circonscription

Médias

Adrien Morenas, la pénurie en eau devrait affecter en 2030 environ la moitié des bassins fluviaux de l’Union européenne. Y a-t-il des solutions pour éviter ce scénario ?

En effet, l’eau est une ressource de moins en moins disponible, c’est un fait. Nous serons confrontés dans les années à venir à des défis majeurs en termes de préserva-tion de cette ressource et devrons mettre en place des solutions innovantes pour lutter contre cet ennemi invisible qu’est le dérè-glement climatique. Si la quantité d’eau ne diminue pas, c’est sa répartition qui change, avec de longues périodes de séche-resse couplées à des épisodes pluvieux de grande importance. Néanmoins, il existe de nombreuses solutions telles que la réutili-sation des eaux usées, l’irrigation pilotée, la construction de retenues et surtout l’uti-lisation de cultures ou cépages résistants.

 

Avec seulement 6 % de la surface agricole utile irriguée, la France accuse un sérieux retard. Or, un rapport du Conseil général de l’alimentation et de l’agriculture de 2017 affirme que notre pays est "très heureusement pourvu en eau par la nature" et dispose d’une "irrigation peu consommatrice". Il plaide pour un assouplissement des politiques publiques autour de l’irrigation. Le soutenez-vous ?

Je pense que nous avons intérêt à préserver cette ressource par tous les moyens et repenser nos programmes d’irrigation. Il est fondamental que les acteurs de l’agriculture moderne se posent cette simple question : "Dans un contexte de tension hydrique forte, puis-je me passer de mon premier outil de travail ?". La réponse est clairement non. Alors se pose la question suivante "Comment puis-je préserver au mieux mon instrument de travail ?"

 

Le gouvernement a annoncé en mai dernier son souhait de généraliser la mise en place de "Projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE)". Quel est le but de ces projets et seront-ils favorables à l’agriculture ? Le ministre de l’Agriculture a par ailleurs annoncé l’autorisation d’une soixantaine de retenues d’eau en 2019. Y en aura-t-il dans le Sud-Est ?

Le but est clair, il consiste à éviter les conflits d’usage. Là encore est-il normal de continuer à faire de la culture irriguée dans des endroits où l’eau manque ? Les PTGE avec d’autres dispositifs que le gou-vernement souhaite mettre en place, per-mettront à terme d’aller vers la transition agro-écologique.Concernant les retenues, le Sud-Est est déjà largement doté. Par contre, il existe en France des bassins-versants comme celui d’Adour-Garonne qui accusent déjà un déficit hydrique allant jusqu’à 250 millions de m3 pour cette année et qui est estimé à 1,2 milliard d’ici 2050. Je pense que l’an-nonce du ministre va dans ce sens. Après, si localement il est nécessaire de faire une retenue, le projet sera étudié avec intérêt.

 

Pour construire des aménagements hydrauliques, il faut du temps et cela nécessite de mobiliser des fonds conséquents. Quelle serait, selon vous, l’origine des financements la plus appropriée : l’Union européenne, les Agences de l’eau, les irrigants bénéficiaires directs et indirects ? Et selon quelles règles d’attribution ?

Je pense que tous les financeurs doivent mettre la main au portefeuille en fonction de leurs moyens. Mais l’Europe doit prendre en considération cet aspect dans la nouvelle Politique agricole commune. Les Régions ainsi que les Agences de l’eau doivent rester les inter-locuteurs privilégiés de la poli-tique de l’eau. Se pose aussi la question de la redevance car si l’agriculture consomme 25 % de la ressource, elle ne cotise pas à hauteur de sa consommation.

 

D’assez nombreux projets sont contestés, ont été ou sont encore bloqués par des recours successifs déposés devant les tribunaux, décourageant ainsi ceux qui veulent avancer en augmentant les délais et les coûts. Dans un contexte de défiance permanente envers l’agriculteur, le législateur doit-il mettre des garde-fous et des clauses pour limiter les recours au tribunal ?

Je plaide pour des édifices multimodaux à débit réservé. Ces ouvrages permettent de mettre l’ensemble des acteurs autour de la table, qu’ils soient agriculteurs, élus, riverains, ou encore environnementalistes. Si la préservation de la biodiversité est une priorité, il faut savoir de quelle biodiversité on parle. Bien souvent la biodiversité telle que nous la connaissons a été façonnée par l’homme, si je reprends l’exemple du bassin Adour-Garonne, la chaîne des Pyrénées n’a pas de continuité avec les différents cours d’eau. Si Napoléon III n’avait pas créé le canal de la Neste et son sys-tème, alors le paysage que nous connaissons dans cette région serait totalement différent.

 

L’essentiel de l’adaptation de l’agriculture au changement climatique se fera par des choix raisonnés et volontaires de la part des exploitants agricoles. Cette adaptation est d’ailleurs déjà en cours. Comment les pouvoirs publics peuvent-ils les accompagner ?

Nous accompagnons déjà beau-coup de projets. Le ministre de l’Agriculture, les députés des milieux ruraux ainsi que les élus locaux suivent de façon conti-nue les avancées des agricul-teurs. L’agro écologie passe par de nouveaux modèles de pro-duction et de nouveaux labels tels que la HVE 3. Et je suis très content que le Vaucluse soit le meilleur élève en la matière. Nous devons accompagner les agriculteurs vers des tech-niques de production moins gourmandes en eau et en trai-tement. Nous devons favoriser la recherche et les expérimen-tations. Nous devons surtout ne laisser personne sur le bord de la route.

 


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